Monseigneur Paul RÉmond

Ouvrir une image agrandieAîné d'une fratrie de sept enfants, Paul, Jules, Narcisse, naît à Salins le 24 septembre 1873. Son père, Jules Rémond, né à Clairvaux-les-Lacs en 1841, s'est installé en tant que notaire à Besançon en 1880. Sa mère, née à Salins en 1828 ést la petite cousine de Pasteur.

Après des études secondaires au collège des frères de Marie à Besançon, à l'Institution Saint-Jean, il s'inscrit, après le baccalauréat, à l'Université de Besançon dont il sort en 1894 licencié es Lettres. Il passe un an à l'Université de Fribourg-en-Brisgau pour se perfectionner en Allemand. À 22 ans, en 1895, il entre au séminaire français de Rome. En 1899, il obtient le grade de Docteur en philosophie de St Thomas.

Le 30 juillet 1899, il est ordonné prêtre à Besançon par Monseigneur Fulbert Petit, archevêque du diocèse et le 3 août, il célèbre sa première messe dans l'église de Salins où ses parents se sont mariés, et où il fut baptisé. À partir du mois d’août 1900 et pour 6 années, il est vicaire de la paroisse Saint Christophe de Belfort au contact du républicain archevêque de Besançon Monseigneur Fulbert Petit. En 1906, il prend les fonctions d'aumônier du lycée Victor Hugo de Besançon et s'illustre dans des actions sociales auprès des élèves de toutes confessions faisant l'unanimité autour de lui. En Mai 1914, il est nommé chanoine honoraire de la cathédrale de Besançon.

Le chanoine Rémond est mobilisé le 2 août 1914, comme lieutenant d'infanterie territoriale, avec le 7e corps d'armée. Il est envoyé au feu, en novembre sur le front de l'Aisne. En 1915, il est promu capitaine. En Janvier 1916, il part dans un premier temps pour Verdun, puis en août 1916, à la tête d'une compagnie d'automitrailleuses et d'auto-canons, sur le front de la Somme. Son attitude héroïque lui vaut une autre citation à l'ordre de l'armée, le grade de commandant et la Légion d'Honneur. De fin 1916 au 14 octobre 1918, il participe aux batailles d'Argonne, de Champagne, de Verdun (pour la seconde fois), de Lorraine, de la Somme. Avec son bataillon, il assure la défense de Roulers (Flandre occidentale). Le 11 novembre 1918, ayant franchi la frontière allemande, il est nommé commandant du cercle d'Eupen, près d'Aix-La-Chapelle.

Le traité de Versailles a réservé à la France une zone d'occupation temporaire sur la rive gauche du Rhin: les Rhénans étaient majoritairement catholiques: il faut un homme capable d'établir des liens profitables à la France, avec le clergé local afin de combattre l'influence allemande au Vatican. Un décret du Journal Officiel du 14 mai 1921 mentionne la création d'un poste d'évêque aumônier général de l'armée du Rhin. Le 29 mai 1921, il est sacré évêque dans la cathédrale de Besançon, et occupe alors les fonctions d'aumônier inspecteur général en Rhénanie, ce qui représente en 1923-1924, une quarantaine de paroisses françaises et huit évêchés allemands. Parallèlement Monseigneur Rémond reçoit juridiction sur la Syrie et le Liban, administrés par la France. Du 5 avril 1927 au 1er juillet 1927, une tournée en Orient le mène de l'Egypte à Jérusalem et de la Syrie au Liban.

En 1926, le pape Pi XI condamne l'Action Française. Monseigneur Rémond, fidèle à ses principes de générosité, d'altérité obéit sans difficulté au Saint-Siège en désavouant les propos Maurrassiens. En Juillet 1930, la France évacue la Rhénanie. Le 21 mars 1930, Pie XI nomme Monseigneur Rémond évêque de Nice, tout en lui laissant sa juridiction sur la Sarre jusqu'en 1935 et sur la Syrie en 1940. Il s'implique totalement, et ce durant trente trois ans dans ce diocèse de Nice refusant toute mutation, porteur de projets de modernité pour les catholiques et déclarant lui-même dans sa première lettre pastorale (Semaine religieuse, 13 juillet 1930): "je viens à vous…avec l'unique désir de relever, de soulager, de consoler ceux qui peinent et ceux qui souffrent, d'instruire les ignorants, de défendre les opprimés…"

De 1933 à 1939, ses prises de position font l'objet de nombreuses interventions écrites et d'homélies, sur la crise internationale, tant sur le plan économique que moral, fustigeant le désir des hommes de s'enrichir rapidement, leur manque de scrupules, la progression de la malhonnêteté et de l'égoïsme. Mais sa plus profonde inquiétude réside dans son analyse sur la montée du nazisme et sa condamnation des premières mesures anti-juives prises par Hitler dès son arrivée au pouvoir en janvier 1933. Monseigneur Rémond prend publiquement position lors d'un sermon prononcé le 9 avril 1933 en l'église du Sacré-Cœur, où il condamne " les persécutions pour cause de religion". Il exprime à la communauté juive sa "douloureuse sympathie" et affirme "son désir d'adoucir leurs peines et les aider moralement et matériellement".

Il accorde son appui a plusieurs groupes de défense et d'entraide juifs. Il soutient notamment une réunion publique organisée par Bernard Lecache (Président de la Ligue internationale contre l'antisémitisme) en s'y faisant représenter.

Comme la majorité des évêques, Monseigneur Rémond se rallie en juillet 1940 à Pétain, mais ne soutient jamais la collaboration et ne se soumet pas aux autres dirigeants de Vichy. Sa dernière prise de position publique de fidélité au Maréchal date du 22 septembre 1942, texte commun avec les évêques d'Aix-en-Provence, Fréjus et Monaco. Ses silences deviennent éloquents et ses initiatives ponctuelles d'aide aux opposants au régime en place, bien que discrètes, sont nombreuses. En mai 1940, il se rend dans les camps d'internement des juifs étrangers et obtient la libération d'un certain nombre d'entre eux. Il condamne l'occupation italienne entre novembre 1942 et septembre 1943 et lors de l'entrée des troupes italiennes à Nice, il hisse le drapeau français sur l'évêché.

Au premier semestre 1943, il rencontre Moussa Abadi et accepte de l’aider à sauver des enfants en lui offrant, à l'évêché, une infrastructure d'accueil pour le réseau Marcel.

Indigné par la présence de l'occupant et des persécutions juives, il soutient sans faille le sauvetage des enfants poursuivis, au mépris d'un réel danger pour lui-même. Il encourage les prêtres engagés dans la résistance, les avertissant en cas de danger et intervient auprès des Allemands lors de la pendaison avenue de la Victoire, des résistants Torrin et Grassi, exigeant des autorités qu'ils les dépendent.

Les principales villes du littoral sont libérées à la fin du mois d'aout 1944. Monseigneur Rémond, dont les actions sont de plus en plus connues, bénéficie d'une grande popularité auprès de la population. Il participe à de nombreuses cérémonies patriotiques, religieuses ou civiles, en compagnie des autorités militaires et des représentants des communautés protestantes et juives. "...il se voulait le représentant de valeurs morales…il n'hésita pas à prendre des risques en faveur des victimes de la barbarie…" (Ralph Schor dans son livre Monseigneur Paul Rémond).

Monseigneur Rémond décède  le mercredi 24 avril 1963.

 

Distinctions

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